DSC_1030Laure&Ashille&YannickIsabella&Estelle1Claire&AntoninHélèneIsabella&LaureNina&Yannick1QuentinNina&Yannickstage TchekhovStage dirigé par Paul Golub, responsable pédagogique.

Aprés une première semaine d’étude de la dramaturgie des deux pièces de Tchekhov Oncle Vania et La mouette, avec Paul Golub et Guillaume Hasson, les académiciens retrouvent le plateau pour leur premier stage approfondi sur le texte.

Lire, apprendre à lire, comprendre ce qui est dit, imaginer ce qui n’est pas montré, ce qui ne se dit pas dans ce qui est dit, circonscrire le silence, apprendre à l’entendre, à le décrypter, découvrir les motivations du personnage, ce qui le pousse à parler plutôt qu’à se taire, ce qui le fait agir, déserter le champ de sa volonté, interroger sans cesse sa nécessité d’être, d’exister, de se comporter ainsi, explorer ce qui le lie aux autres, ce qui le délie… Avec Tchekhov, tout compte : des êtres humains courant après leur existence (une existence qui leur échappe toujours, bien qu’il semble toujours la comprendre avec une acuité désespérante) jusqu’à la nature qui les environne, qui allège ou charge leur humeur, qui façonne et qui prolonge leur état, leur âme, en passant par le peuple invisible dont on entend la rumeur souvent douloureuse face à un monde enlisé qui ne demande qu’à changer.

Avec Tchekhov, personne n’est ni bon ni mauvais, personne ne peut être jaugé sur le plateau d’une balance manichéenne, chacun entretient quelque chose qui demande à être compris, quelque chose qui excuse. Il y a toujours inscrit en chacun la possibilité d’une mansuétude. Et c’est sans doute cela qui fait cette matière complexe à jouer, tant elle est contradictoire, fuyante, fragile, et aspire à la nuance extrême.

La Mouette raconte cette course éperdue entre des êtres qui ne parviennent pas à être aimés par celui ou celle qu’ils aiment. Comment cet enchaînement, qui aurait pu fabriquer la structure d’un vaudeville, devient peu à peu l’aliment d’une tragédie, une liquidation des aspirations de la jeunesse sur fond de théâtre ? Car le théâtre est omniprésent au bord de ce lac vers lequel convergent tous les personnages, comme le miroir de leur destinée. Il y est représenté physiquement : des tréteaux vite abandonnés dont le vide hante la mémoire des protagonistes, tout en abîmant leur rêve.

Est-ce que la vie peut faire théâtre, est-ce que la vie est un théâtre, et le théâtre lui-même, qui est au centre des interrogations de la quasi-totalité des personnages, peut-il représenter la vie, être lui-même un acte de vie ?

La réponse ne réside-t-elle pas dans l’écriture d’OncleVania, tant cette pièce majeure donne à explorer ce qui conditionne et habite un personnage propulsé dans une histoire qui épouse étrangement les contours de la vie, celle toujours à laquelle on peut faire référence en se souvenant de personnes que l’on a pu croiser, de celles aussi qui nous ressemblent, qui nous parlent de notre jeunesse, des fièvres et des passions, des murs et des désillusions, de « nous » en somme dans une immense profondeur et douceur de regard.

Et puis n’y a-t-il pas dans Vania cette tentative artistique d’abattre les cloisons de l’illusion théâtrale, de faire entrer le réel contre tout cliché, caricature, stéréotype – tentative qui trouverait son écho dans le conflit qui oppose le travailleur virtuel qu’est Sérébriakov et celui du réel qu’est Vania, qui n’a droit qu’à une reconnaissance illusoire, et qu’on essaie de flouer de tout ?

Ainsi, pour mettre en jeu tous ces multiples enjeux, nous improviserons des séquences du texte, nous analyserons ces improvisations au regard de la lecture approfondie que nous en avions faites, nous renforcerons notre introspection du personnage en écrivant, de son point de vue, la scène cachée à laquelle la fable fait référence et qui engage bien souvent son entrée en scène.

Guillaume Hasson