Le blog de Claire Angenot

voyage en Russie

Mardi 23 octobre 2018

Parlons travail"

Cette deuxième semaine a révélé un travail intense de la part des étudiants russes et français.
La plupart des scènes du Décaméron étaient travaillées par des groupes mixtes (français et russes). Il était rare que toutes les propositions soient vues et retravaillées en une après-midi par l’équipe pédagogique. Compréhensible : les trente-six acteurs Russes et les seize français déployaient une créativité conséquente, et un vrai désir de jouer ensemble. Il fallait pourtant travailler en vue de la présentation de jeudi après-midi et commencer à faire des choix. Le protocole de travail choisi par Youri était le suivant : les élèves présentent, (suivant une liste de passage préétablie), quatre scènes, elles mêmes suivies de retours détaillés, en vue d’une amélioration avant de repasser l’épreuve du plateau.
Aucune scène ne sera passée une seconde fois au plateau avant le mercredi après-midi, la veille de la présentation. Nous apprenons le jour-même quelles seront les scènes qui seront montrées devant le public. Selon Youri, cela permet de restituer un travail en cours et de ne pas entrer dans un état d’esprit qui voudrait “présenter un spectacle”. Il s’agit de rester, quoiqu’il arrive, dans un processus de travail.
En danse, pour des raisons d’occupation de l’espace, tous les étudiants russes n’étaient pas tenus de participer. Nous avons repris l’exercice des “4 éléments” découvert la semaine dernière. Cet exercice a remporté l'adhésion de la part des étudiants français.

Déroulé de l’exercice (non exhaustif) : “Les 4 éléments”

Allongés sur le sol, les yeux fermés et les muscles relâchés, nous essayons de retrouver le mouvement naturel de notre respiration et le mouvement de l’AIR à l’intérieur de notre corps. Le mouvement doit venir du bas-ventre. Progressivement, nous accentuons ce mouvement avec une cambrure du bassin. Puis les extrémités des membres se réveillent : doigts, paumes, pieds, talons, articulations… Comme une algue au fond de l’EAU. Il ne s’agit pas de faire quelque chose de “joli” mais d’écouter la structures de son corps. Sur un coup de tam-tam, nous voilà accroupis. Nous marchons quelques temps dans cette position inconfortable. Puis nous nous retrouvons en cercle et nous relevons peu à peu. Nous marchons à quatre pattes, comme des animaux en troupeau. Il s’agit ici de sentir la répartition de son poids dans ses membres. On se relève, puis on tombe, puis on se relève… et ainsi de suite pendant quelques chutes. Une fois debout, nous pouvons enfin sentir la TERRE sous nos pieds et nous mettre à courir comme Usain Bolt. Nous courons jusqu’à atteindre une forme d’épuisement physique. Là, nous nous retrouvons en cercle et essayons de sentir l’air sur nos paumes de mains. Au sol, il y a des “petits charbons” (du FEU) qu’il faut ramasser délicatement. C’est comme des petites billes d’énergie que l’on attrape. Puis on tente de rejoindre son voisin en l’attrapant par le bout des doigts et en remontant le long de ses membres. On s'agrippe jusqu’à n’être plus qu’une masse de corps accrochés les uns aux autres par les mains et les omoplates. A ce stade, un regard est échangé entre tous les participants : il fait le tour du cercle. Puis nous nous éloignons les uns des autres, sur le même mode que lorsque nous nous sommes agrippés, jusqu’à n’être reliés que par le bout des doigts. Le contact finit par se rompre avec nos voisins. Nous sommes tous en cercle, disponibles, et nous écoutons le silence.

 

Nous nous essayons aussi à la danse de “caractère” en étudiant des positions pouvant amener, entre autre, au flamenco. Puis nous découvrons une danse typique russe, basée sur des rythmiques frappées à même le corps.

 

En chant nous poursuivons notre “ensemble” qui est une mise en musique d’un poème de Pouchkine. Ici, tous les étudiants, russes et français, sont réunis. Le poème est accompagné par le professeur de chant au piano et deux élèves russes, l’un à la guitare l’autre à la contrebasse. Le choeur est réparti en duo mixtes : les femmes devant, dans les bras de leur partenaire masculin, qui se tient derrière et leur chantonne les mots de Pouchkine à l’oreille. Ce chant a été présenté devant le public du jeudi après-midi.

 

Enfin, la diction scénique était l’occasion d’avoir un approfondissement du training vocal que nous avait enseigné Vera Ermakova lors de notre première année à l’académie. Le travail est à la fois individuel et collectif : en cercle, nous répétons les gestes de la pédagogue. Puis elle fait un tour de cercle en faisant travailler chacun quelques secondes avec son propre instrument vocal.

Exemple d’un exercice de diction scénique : un son nous est transmis par notre voisin via le corps (par exemple, il me touche l’épaule gauche avec sa main droite). Aussitôt je dois faire entendre le son qui se trouve dans mon épaule gauche et le faire voyager dans mon corps en tentant de le décontracter (pour cela, nous devons faire des petits mouvements de secousse comme si on était en train de se trémousser). Puis je le renvois à mon autre voisin en utilisant le même procédé.

Bien que le travail de cette deuxième semaine a été orienté en vu de la présentation de jeudi, l’état d’esprit général n’était pas celui d’une volonté de “présenter quelque chose” mais bien de s’exercer et de proposer des chantiers d'expérimentation au plateau.  Les affinités franco-russes se sont affirmées durant cette deuxième semaine et cela s’est particulièrement révélé sur le plateau. La fin de la présentation était dédiés aux travaux de synchronistes des français, un échange joyeux pour clore cette semaine de travail. Les Russes ont adorés nous découvrir, à l’issu de ces deux semaines en Freddy Mercury, en Dalida ou en Michael Jackson…

écrit par Claire et Romain

Instants culturels"

Mercredi 23 mai : Musée de l’Ermitage, Palais de l’État Major
Le musée de l’Ermitage est l’un des plus célèbres et des plus anciens musées d’art au monde. Il fait partie des trois plus grands musées d’art du monde, aux côtés du musée du Louvre et du Metropolitan Museum. En termes du nombre d’objets exposés, aucun autre musée ne dépasse le musée de l’Ermitage.
C’est devant la polémique Carré Noir de ce dernier que notre guide s’arrête pour commencer l’aventure de l’Ermitage. Un point d’honneur est mis sur l’idée fondamentale de l’art contemporain qui est de ne pas s’arrêter seulement à l’aspect esthétique de l’œuvre, mais de se forcer à comprendre ce que l’artiste voulait en dire.

Nous nous arrêtons un moment devant une œuvre gigantesque et magnifique de Matisse intitulée La Danse, pour que notre guide nous raconte l’histoire et la création des différentes versions de cette œuvre, censée initialement servir uniquement à la décoration du salon du collectionneur russe Chtouchkine.

Une grande partie de ce quatrième étage était dédiée à Picasso et ses peintures, mais aussi certaines céramiques. Le tableau de droite (Les Instruments de Musique) m’a particulièrement marquée et intriguée, notamment parce que le peintre voulait représenter la musique de manière visuelle. Après avoir vu ce tableau, durant tout le reste de la visite, je me demandais : mais quelle musique a-t-il bien pu écouter pour peindre quelque chose comme ça ?

Vendredi 25 mai : Visite de la cathédrale du Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé

Construction : 1883 – 1907.

C’est l’une des principales églises orthodoxes russes de Saint-Pétersbourg, qui est totalement différente de ce que l’on peut voir en France, notamment par les peintures de couleurs très vives qui ornent les murs. La décoration est très riche et imposante, dans un style médiéval russe : il n’y a pas un centimètre carré de libre. Malgré la foule de touristes qui s’y balade, nous avons ressenti une sérénité et un calme impressionnant, après avoir toutefois eu une impression d’écrasement due à la hauteur de la bâtisse et par toutes les informations visuelles que l’ont peut y trouver.

Visite du Palais d’Hiver au Musée de l’Ermitage :

Notre dernier jour à Saint Pétersbourg était une journée libre. Certains sont allés faire du shopping, acheter des souvenirs ou de la vodka, ou encore visiter la ville et ses avenues interminables, tandis que d’autres sont revenus au musée de l’Ermitage pour visiter cette fois le Palais d’Hiver, que nous n’avions pas eu l’occasion de voir lors de notre matinée en début de semaine.

Yannick est notamment allé rendre visite aux Peintre Hollandais et à Rembrandt, mais aussi aux splendides sculptures de Rodin, exposées dans une petite salle pratiquement introuvable parmi la multitude de couloirs, portes et différentes salles que contient ce grand bâtiment. Il raconte s’être plus intéressé à l’architecture du lieu, n’ayant pas assez de temps pour s’arrêter devant tous les tableaux. Pour lui, « c’est un réel plaisir de passer d’une salle à l’autre, les salles sont parfois tellement inattendues, on sent que les architectes se sont permis des fantaisies. En tous cas, c’est vraiment l’exploration qui prédomine ».

Écrit Marine et Isabella

"Moments de vie (pas si) quotidienne"

Mercredi soir. Toute la promotion a la joie de se retrouver au restaurant avec Chrystelle et Véra, pour fêter l'arrivée de Paul. Nous mangeons dans un restaurant géorgien mais la vodka qu'on y boit est bel et bien russe ! Après avoir levé nos verres plusieurs fois et croqué dans quelques cornichons -on n'y coupe pas- nous avons les joues bien rouges. Sur la route du retour à l'auberge, nous ne résistons pas à l'envie de nous arrêter dans un petit bar sympathique dans lequel nous partageons un dernier moment ensemble.

eudi. Après une journée riche en émotions, nous portons un toast -tous ensemble cette fois-ci, avec nos amis russes- à l'amour du théâtre et exprimons la joie de nous être rencontrés. La parole passe de Yury Krasovsky à Véra Ermakova puis Paul Golub se lève également pour saluer ce partenariat. Plus tard dans la soirée, nous nous retrouvons presque tous dans un bar de nuit que les russes nous font découvrir, histoire de danser un peu ensemble avant de se quitter. Jolie hasard, le bar s'appelle "L'union" ! Nous ne sommes donc pas dépaysés, d'autant que l'ambiance à l'intérieur est à peu près semblable à celle des lieux de fêtes français. A l'extérieur en revanche, on ne s'habitue pas à la lumière des nuits blanches : il est à peine trois heures du matin et on y voit déjà clair !

 

Vendredi. Bonheur de la grasse matinée ! A midi, nous avons rendez-vous avec les élèves russes à l'Institut pour un dernier moment ensemble dans leur belle école. Chacun d'entre nous se voit offrir une paire de chaussette fantaisie et nous leur offrons également les petits cadeaux que nous avons ramenés de France pour eux (saucisson, vin rouge, cassoulet et autres mets bien de chez nous). Toute la journée du vendredi, nous sommes libres de faire ce qui nous plait. La plupart d'entre nous commence par se rendre à un bureau de change pour disposer de quelques roubles. En effet, pour beaucoup, c'est une journée shopping pour trouver des petits souvenirs à ramener en France (vodka, poupées russes, foulards traditionnels...). Evidemment, nous en profitons aussi pour découvrir plus amplement l'immense ville qu'est Saint-Pétersbourg. Il n'est pas aisé de s'y repérer car les rues se ressemblent assez. Heureusement, nos camarades russes nous accompagnent et nous font découvrir des endroits atypiques. Le soir, nous nous rejoignons tous au champs de mars, petit parc ou se trouve la "flamme éternelle" pour un moment de convivialité avant notre départ. Nous savons que nous n'aurons pas la chance de tous les revoir en France, alors les au revoir sont emprunts d'émotion.

Samedi 2:30. Pour tous ou presque, la nuit a été courte (quand nuit il y a eu). Après avoir plié bagage et fait nos adieux à nos chambres à la décoration folklorique, nous nous retrouvons en bas de l'auberge pour nous rendre à l'aéroport. Certains ont les yeux rougis par l'émotion, d'autres somnolent debout. Nous nous répartissons dans différentes voitures et parcourons pour la dernière fois les larges avenues rectilignes de Saint-Pétersbourg.
6h. Décollage de notre avion.

Écrit par Nina et Matthias

"S'il fallait un bilan… "

Vendredi 25 mai. 23h, Champ de Mars, Saint-Pétersbourg. La nuit n'est toujours pas couchée et on fait le bilan de ces 2 semaines russes avec de la bière, de la vodka et du jus de fruit. Tout le monde n'est pas là, et certains partiront plus tôt que d'autres rejoindre leurs lits pour essayer de dormir pendant les quelques heures qui séparent l'avion et nos amis russes. Demain nous serons à 2.164,53 km de l'académie des arts scéniques.  La nuit tombe enfin sur le parc, pour seulement quelque heures avant que l'aube s'éveille. Nikita, blond, cheveux long, lunette ronde comme John Lennon, astigmate comme Ray Charles, et élève de l'académie de St Petersbourg, nous rejoint avec un cadeau qu'ils nous ont préparés avant notre départ : un album souvenir à moitié rempli, une part pour les souvenirs russes, une part pour les prochains souvenirs français. Je me dit que pour décider qui va avoir la garde du carnet de souvenir entre les élèves russes et français ça va être moins évidents. Mais allons jeter un œil sur ce carnet, fort esthétique par ailleurs, jaune, avec des jolis dessins. Qui a une lampe torche? Et on ouvre la première page. Première journée rempli à ras bords de découverte dans cette ville immense, quadrillée comme un sudoku, avec notre première rencontre avec les étudiants russes : leurs

présentations d'études dans leur salle de travail et nos premières impressions sur la méthode de travail russe. Les premières discussions entre nous pour comprendre ce qui nous est apparu. Quelques pages plus loin on nous voit travailler avec eux, le soir après les cours. Sur une photo on voit Romain et Isabella tenter de faire comprendre calmement à un Iégor qu'un aubergiste n'a besoin d'un conflit intérieur très puissant pour donner une clé à un client. Sur une autre photo, Ashille prépare une étude avec Vania et Syma. Et ça s'amuse, ça joue. Une cinquantaine de photos comme ça, une cinquantaine d'études qui ont été présentées, devant le parterre de professeurs d'interprétations russes.  Une photo les montre tous en train de regarder une étude. Dans l'ordre d'apparition on a Nikolaï, le seul de toute la photo à avoir un léger sourire. Derrière lui, Yuri Michaïlovich, le doyen de l'école, et Yuri le professeur de danse se parlent par dessus leurs épaules en fumant les fameuses cigarettes russes. Vera, notre professeure et interprète est là aussi. Et au fond une dernière professeure habillé en couleur vive et avec un nez digne de Cléopâtre. Deux professeurs sur les cinq nous connaissent. Alors c'est aussi la découverte pour eux. Et durant les deux semaines ils vont nous voir évoluer sur le plateau. Je saute quelque pages mais vers la fin du carnet on voit Yannick, Antonin, et Nina en train de fumer et de boire avec Nikolaï dans un bar. Ça parle théâtre quoi, tranquille. Dans les grandes rues de St Petersbourg, à 3 heure 35 du matin, ça parle théâtre. Je reviens dans les photos précédentes et on voit Matthias et Macha se prendre en photo devant les ponts levé de la Neva. On voit aussi Hélène manger le salami le plus rose du monde sur la terrasse de l'auberge, le premier soir de notre arrivé. Les rues étaient vides, et sans bruit. Une sorte de ville fantôme. Mais au bout de deux semaines les rues se sont remplis de gens. Les russes ça ne se montrent pas au premier venu. Maintenant plus les photos avancent, et entre les photos des visites, des répétitions, des repas ensemble, les photos semblent accueillir de plus en plus de monde. Elles gagnent même en couleur, au début les rues étaient plus grise, maintenant même dans le ciel noir de la nuit pétersbourgoise on peut voir des lanternes rouges voler vers la Neva.  Il est 1h du matin dans le champ de Mars, près de la flamme éternelle, et on doit partir, certains littéralement à contre cœur, d'autres plus facilement. La vodka est fini, et Quentin vient de boire la dernière bière. Le carnet est déjà épais, mais il se remplira de nouveau en septembre.

Espérons juste qu'on se le fasse pas choper à la douane.

Écrit par Gabriel