STAGE D'INTERPRETATION

du mardi 24 avril au samedi 26 mai 2018

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Howard Barker

Jerzy Klezyk intervient régulièrement à L'Académie de l'Union. Il a retrouvé les 16 académiciens durant 2 semaines : les journées étaient structurées en deux parties : le matin, travail centré sur la préparation au jeu (corps, voix, imaginaire, engagement...) et l'après-midi sur l'exploration de l’écriture de Howard Barker sur le plateau.

Explications de Yannick Cotten, académicien, et semainier.
Le matin : 
"Jerzy était d'abord très attentif à notre réveil, au défroissement du corps et de la voix, mais aussi de l'esprit après le sommeil. Nous utilisions souvent un bâton pour aider à l'engagement, Jerzy aimant souvent dire que nous devons être aussi parfait que le bâton.
Ensuite, échauffements habituels chez lui, le chat sur le radeau pour les étirements de début de journée (mais jamais trop musculaire, pour ne pas nous rendre inconscient face à l'effort physique) et la respiration avec la lune pour l'harmonie respiratoire, l'équilibre du corps et l'éveil de l'imaginaire.
L'attention portée à la respiration s'est accrue dans la semaine, notamment grâce à l'apport d'Eve Christophe (intervenante voix et diction) lors de ses jours de présence. Jerzy a cherché à nous rendre conscient de la nécessité de la respiration vers les côtes flottante et le bas du dos et de l'aisance et du confort lié à une bonne utilisation du diaphragme. Pour cela il a centré plusieurs de ses exercices sur cette notion. Par exemple, lorsque nous lancions les bâtons entre nous, il fallait penser à l'expiration sur l'avancée et l'inspiration sur le recul. Avec le temps, nous ajoutions du texte pour expérimenter.
Les jours de plus grande fatigue, les échauffements se transformaient en étirements sur un longs temps pour reposer le corps tout en le préparant à l'engagement à venir.
Enfin, les matins se terminaient toujours par ce que nous appelons maintenant "le parcours des bâtons" ou nous commencions à jouer dans les structures rythmiques que Jerzy nous donnait.
Ses structures, dans leur principe même, nous donnent les éléments primordiaux qu'un acteur doit utiliser dans toute forme de jeu : l'attention et l’intérêt pour l'autre, le conflit intérieur au sein d'une séquence solo, l'engagement au sein d'un rythme très lent, l'improvisation d'un texte en direct, le changement radical de rythme (de lent à rapide par exemple)....

L'après-midi :
"Celle-ci commençait toujours par le jeu de "je voudrais une maison", pour réveiller le corps après le repas. Ensuite, l'après-midi passait en divers passages de scènes ou d'études autour de scènes issues des textes de Barker. Contrairement à la première semaine de stage, les scènes étaient la plupart du temps abordées directement, avec texte en bouche et proposition, plutôt qu'avec des études autour pour découvrir les enjeux et les situations.
Nous avons chacun travaillé sur de nombreuses scènes, nous permettant de développer un large spectre de l'univers et de la poétique de cet auteur. 
- Exploration du Barker première période (période plus sociale et politique) avec une scène de la pièce La Griffe. Une scène à l'humour quasi vaudevillesque, plus légère que le reste des scènes travaillées mais qui a permis aux quatre élèves-comédiens d'explorer un jeu un peu cinglé et détendu, avec beaucoup d'adresses au public et d'extravagance de la part d'une comédienne.
- Travail sur la seconde période, dis celle du "théâtre de la catastrophe", avec de nombreuses scènes au sein des pièces Les Possibilités, 13 Objets, Les Européens, Judith.
L'un des principaux axe de travail, les scènes de cette période ont permis à chacun d'explorer un jeu théâtral complexe aux enjeux difficile dans ses pièces ou les situations sont souvent extrêmes.
- > Judith qui coupe la tête d'un général assyrien dont elle est tombée amoureuse et décide de coucher avec son cadavre. 
- > Une femme dans la pièce Les Européens, violée et mutilée par plusieurs turcs, elle ne vis qu'au travers de sa souffrance et attend un enfant de son viol. 
- > Un tortionnaire arrive dans une auberge près d'un château ou il vient d'être embauché. Il tue le fils de la tenancière, une sourde-muette qui a cherché à se venger de lui car elle fut jadis mutilé par la torture. Il lui annonce alors qu'il reste et prendra la place de son fils.

Au sein de la seconde période, Barker utilise parfois des contextes quasi dystopique dans des scènes, pour donner à voir et à entendre une étude sur certaines caractéristiques de nos mœurs. Il y apporte beaucoup de réflexions sur notamment le contrôle de la connaissance, l'importance du langage, comment un empereur devient un tyran, les conflits et les rancœurs entre vieille et jeune génération...
Jerzy nous a montré alors que, dans la façon dont les situations était écrites, Barker ne cherchait pas à montrer un point de vu manichéen, mais à donner à réfléchir sur la complexité des relations humaines pour celui qui regarde :
→ La connaissance et les livres devenus dangereux et contrôlés dans "Rares sont ceux qui peuvent porter ce fardeau" ou un bouquiniste travaille dans l'illégalité et est d'une méfiance maladive face à tous ceux qui approche de sa brouette pleine de livres. Il vend ses livres à des prix exorbitants pour surtout pouvoir les garder en sécurité. 
→ Dans une société ou le sexe est contrôlée, une femme est convoquée par une fonctionnaire sur le fait qu'elle se maquille et « laisse voir sa cheville ». La fonctionnaire la fustige alors sur sa responsabilité à l'égard du désir qu'elle peux créer chez des hommes.
→ Une empereur dans sa tente en pleine campagne.militaire. Par incompétence, il a fait perdre la bataille à ses hommes et entend ses soldats se faire égorger par l'ennemi dans la nuit. Un empereur se comportant comme un enfant perdu, cherche du réconfort en discutant avec un paysan qui nettoie ses bottes, en vain. 

- Il y a eu aussi le travail commun autour de la scène « Elle a menti, peut-être, étant invisible » dans la pièce Blessures au visage.
Une scène de couple homme-femme sur laquelle tout le groupe est passée, à partir du premier jour et jusque la fin. L'idée était une exploration de la même scène par tout le monde. Une scène dans laquelle l'écriture et la situation étaient suffisamment complexe pour permettre une multiplicité d'études et de points de vu. Après un permier passage le premier jour du stage, bon mais manquant de folie selon Jerzy, il a cherché tout le long du stage à nous apporter des procédés de travail pour enrichir une scène :
→ Utiliser un nombre d'actions scéniques (gifle, bousculade, accolade, bise, prosternation...) pour influer sur l'autre. Tout l’intérêt est dans la réaction, non dans l'action, il fallait donc veiller à ne pas aller trop vite. A partir d'un temps, le texte peux surgir.
→ Créer un dialogue avec l'autre basé uniquement sur une catégorie de mot particulière (légumes, fruits, viande...) pour chercher avec l'autre le contact plus que la cohérence du discours. Jerzy y a aussi apporté beaucoup de son travail sur le souffle pour aider à respirer avec son partenaire.
etc.